L'industrie de la deuxième chance

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Les hommes en jaune débarquent et le stress monte. Ces jeudi et vendredi, c’était jour d’examen pour les 7 salariés du Chênelet qui passaient leur Certificat de Qualification Professionnelle interbranches (CQPi). Et tous, sauf un, l’ont réussi (lire ci-contre), une satisfaction de plus pour l’association d’insertion et pour la présidente Anne-Gaëlle Charvet. « Il y a du boulot en ce moment! » répète-t-elle régulièrement. Elle dirige depuis 2004 la structure, qui compte une trentaine de salariés à Landrethun-le-Nord et près de 200 à Audruicq, le siège, dont 210 postes d’insertion en tout, la plupart spécialisés dans l’industrie. Sur ce site, on fabrique aussi bien des palettes que des morceaux de maison. « Beaucoup de ces personnes viennent ici par le bouche à oreille, même si on travaille aussi avec Pôle Emploi. Une petite moitié est au RSA, les autres sont des gens en chômage longue durée. On a des profils avec des problématiques très différentes: aussi bien des jeunes décrocheurs de 18 ans que d’autres proches de la retraite et qui sont sans emploi après 30 ans au même endroit. »

Une fois la personne arrivée, elle passe un premier entretien, collectif celui-là. « Notre seul critère de recrutement, c’est la motivation, et que leurs compétences soient transférables. Si l’entretien individuel est ok, nous les intégrons rapidement à l’entreprise. Le processus évolue selon qu’ils ont un projet ou non, et on leur permet de découvrir différents métiers. » Passe ensuite une période d’immersion en entreprise pendant une quinzaine de jours, qui peut ensuite déboucher sur une embauche.

Former, c’est la santé

Afin d’augmenter les chances de retrouver vite un travail, le Chênelet s’est lancé dans la délivrance de diplômes en 2014 avec le développement d’une formation certifiante qualifiante. Avec les CQPi (créées par les branches professionnelles), ces formations ont l’avantage d’être assez courtes (de 250 à 400 heures en moyenne), de se faire en alternance et d’inclure des savoirs de base et des techniques de recherche d’emploi. Depuis sa mise en place, sur les 450 personnes à avoir suivi la formation, 150 ont été certifiées CQP. Un chiffre bas car la plupart ont trouvé un emploi durant celle-ci. « Et comme cela se déroule durant le temps de travail, ils n’ont pas l’impression d’être en formation, ce qui peut en rebuter. Je me souviens d’un monsieur de 55 ans en 2014, c’était le 1er diplôme de sa vie... »

En 2018, le Chênelet a lancé un CQPi de conducteur d’équipement industriel, un secteur qui se développe et dans lequel on recrute dans le Calaisis (Alcatel, Schaeffler) ou encore dans l’Audomarois, d’où viennent environ 30% des salariés.

Comme beaucoup d’associations d’insertion, le Chênelet fait face à un défi financier : « Celui d’augmenter nos capacités financières. On pourrait prendre des gens plus productifs mais ce n’est pas notre métier. Et nous ne sommes pas une menace pour les autres entreprises ». La vente de produits se maintient, les subventions sont là, ces dernières plus difficiles à aller chercher, et le mécénat d’entreprise commence à grimper, ce qui permet de créer des liens et de financer quelques projets. « Notre plus grosse complication est de trouver un modèle économique adapté: continuer à s’adapter à des gens qui changent et être le plus proche des besoins des entreprises. Ça demande beaucoup d’agilité d’être entreprise d’insertion! »

Le premier objectif reste de faire retrouver un emploi, ou simplement la confiance en soi, à ceux qui poussent la porte du Chênelet. « On doit être à 60-70 % de sortie dynamique, ce qui correspond à un job ou une formation. On ne pourrait pas être à 100% de toute façon, il n’y a pas de recette toute faite. On leur dit beaucoup «Attrapez cette chance», on a beaucoup de gens courageux, qui s’accrochent. »

François Delencre